pustules-douces

Une impression de déjà-vu

Le jeune parisien. Mais si ! Le jeune homme - traditionnellement c'est un homme, mais toute chose a un début, et peut-être verrons-nous bientôt l'avènement de la jeune parisienne dans l'imaginaire commun - amoureux - romantiquement, mélancoliquement amoureux! - mais épris des femmes en général, entouré d'amis eux-mêmes jeunes parisiens, tous préoccupés comme lui-même de politique, de revendications, d'idéaux quelconques, tous rêvant de barricades.

"Quelconques", tout est là. Pour ma part je suis un peu parisienne. Je n'habite pas à Paris, mais je la connais bien, grâce à mon père, un authentique parisien. Je n'emploie pas l'italique par hasard : on peut être parisien sans être parisien. Donc, moi qui soupire après Paris depuis plusieurs années, qui lis beaucoup trop, je me suis éprise de ce type parisien, assez pour vouloir le devenir, encore maintenant, un peu, ce qui n'est pas rien puisqu'aujourd'hui à peu près tous mes idéaux ont foutu le camp.

Or, je lis l'Education Sentimentale de Flaubert. J'en profite pour taper une petite parenthèse^^.
Je ne sais pas pourquoi, les grands classqiues français du XIXe m'énervent. M'irritent. Zola, Stendhal, Balzac, Flaubert, Gautier, Hugo... Surement parce que les professeurs de français s'acharnaient à nous les faire lire. Le meilleur moyen de sauvegarder la littérature française, c'est de ne pas la faire lire aux élèves. Peut-être parce que cette appellation me paraît stupide "les gRRRRRaaands auteeeeeurs". Enfin, l'atmosphère de cette époque, le style général de l'écriture d'alors ne m'enchantent guère. Mais je vous l'avoue, c'est un préjugé stupide =p Je n'ai jamais lu Stendhal, et jusqu'ici jamais Flaubert.
Mais Flaubert me titillait. Le coup du gueuloir ! =D Et puis à cause d'une lettre à Louise Colet étudiée en seconde. Flaubert disait quelque chose du genre "Je sais que je suis en train d'inventer une prose nouvelle, jamais expérimentée" à propos de Madame Bovary. Cette phrase m'a stupéfiée. Comment peut-il avoir cette certitude? Et surtout, comment peut-il autant avoir confiance en lui-même? J'admire énormément la personne capable d'affirmer une telle chose, mais je suis tout à la fois irritée, car en réalité, est-ce vrai?
L'Education Sentimentale est sympa à lire. Sans plus. Les références aux affaires et personnages de l'époque sont fatigantes. L'écriture est étrange. Je ne suis pas très enfoncée dans les personnages, je n'ai pas réussi à me forger une empreinte mentale d'eux. Trop d'évènements peut-être? Mais sans eux je m'ennuierais. J'ai eu du mal à comprendre quand Flaubert utilise le discours indirect libre. Bref, la magie ne s'est pas opérée.

Mais j'ai découvert que le jeune parisien était un secret éventé depuis longtemps! Puisque Frédéric est un authentique jeune parisien. Je mets un point d'honneur à faire tout de travers : lorsqu'un gros troupeau part à droite, je pars à gauche, ce qui est passablement stupide, je sais. Bref ça m'énerve d'avoir voulu faire partie d'un troupeau.
Mais alors Louis Garrel n'a rien inventé! Je l'ai vu dans deux films, où il jouait le type du jeune parisien. Et je le soupçonne d'en être encore un dans les Chansons d'Amour que je vais bientôt voir. C'est aussi
Benjamin Siksou. Ou Romain Gary pendant ses études de droit tel qu'il se décrit dans la Promesse de l'Aube. Sartre et Beauvoir à l'ENS. Ou encore un film bizarre que j'ai vu... il y avait un type aux cheveux noirs, bronzé, qui jouait Aristophane. C'avait un titre genre "liaisons dangereuses". Ou le type de quinze ans que j'ai vu je ne sais plus où, à la télé, expliquer qu'il y avait quinze commandements pour être un dandy aujourd'hui à Paris [ou vingt, ou treize, peu importe]. La Nouvelle Vague!
Vous avez forcément une image d'un jeune homme qui court dans les rues de Paris, cheveux au vent, croise deux ou trois filles de sa connaissance, s'arrête au café pour rencontrer ses amis et parler de l'actualité? Genre bohème épris de liberté et d'amour, ou d'amour et de liberté, on ne sait jamais vraiment. Ceci à Paris, Paris libertaire et jeune.
Je soupçonne le jeune parisien d'être né avec 1789, ou plutôt avec la génération suivante, celle qui a rêvé de la prise de la Bastille, et de perdurer avec celles qui en rêvent encore plus ou moins confusément. Et je peux prédire la fin de cet idéal : 2050 au plus tard. Mais oui. Parce qu'en 2050 il n'y aura plus que des vieux sur cette planète! Dont moi.
Et si je disais quelconques, c'est que je soupçonne le jeune parisien d'être assez hypocrite. Qu'il rêve de République, de Démocratie, de France libre, de Communisme, il rêve surtout, comme il rêve du corps des femmes. Flaubert a bien raison lorsqu'il nomme son livre l'Education sentimentale, malgré tous les évènements qui s'y déroulent, politique en toile de fond. Il rêve pour rêver. Et la plupart du temps, jeunesse se passe.


Gretel
Vive la Suede
par
Voilà.
Soyons sobres.

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